Jean-François Bergevin
Designer UQAM (Lavaur, France)
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Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai commencé à étudier l’architecture en Suisse, puis au Canada, où la formation que j’ai suivie va plus loin que l’architecture parce qu’elle intègre le design industriel et l’urbanisme.
On part du principe qu’il y a trois échelles de design : l’objet, l’architecture et la ville, mais un seul processus de design. Cette approche permet d’appréhender un projet architectural de manière beaucoup plus globale, car il est une partie intégrante de l’urbanisme mais est aussi composé d’éléments de design, tel que du mobilier, balustrades, etc.
Cette intégration des trois échelles de design abouti à un projet plus cohérent.

J’ai exercé mon métier dans des contextes différents, notamment associatifs, et maintenant cela fait un peu plus de trois ans que je suis à mon compte.

Quelle est votre spécialisation ?

Je n’ai pas de spécialisation, mais j’essaye de mettre l’accent sur différentes choses, dont l’utilisation de matériaux écologiques et l’optimisation énergétique des maisons à travers la bioclimatique, c’est-à-dire concevoir une maison avec une forme assez compacte et orientée suivant l’axe Nord/Sud pour essayer de capter un maximum d’énergie solaire. Cet apport solaire, gratuit, permet de réduire la consommation d’énergie et de faire des économies.

Vous semblez favoriser principalement les personnes du groupe Est (dont l’orientation Nord/Sud est la plus favorable pour leur habitat, contrairement aux personnes du groupe Ouest, donc l’orientation la plus favorable est suivant l’axe Nord-est/Sud-ouest) ?

Il est très important que la façade Sud soit très ajourée pour faire entrer les rayons du soleil, qui sont une source gratuite d’énergie et que la façade Nord soit pas ou peu ajourée.

Quelle est votre préférence, maison en bois ou maison en pierre ?

Je dirai avant tout une maison bien isolée.
Le problème de la pierre est qu’elle isole très mal à cause de sa densité. Un bâtiment en pierre mal isolé aura beaucoup de déperditions thermique et emmagasinera le froid. Par contre, en appliquant par exemple une isolation thermique par l’extérieur (ITE), la chaleur accumulée à l’intérieur produira une inertie qui régulera mieux les fluctuations de températures.

Pour moi, avant de choisir le matériau de construction, il faut choisir la manière d’isoler la maison. Cependant, de manière générale, les maisons en ossature bois permettent de mieux isoler que les maisons en pierre.

Qu’est-ce qui coûtera plus cher, une maison en ossature bois ou une maison en pierre ?

On ne peut pas répondre précisément à cette question car le prix d’un bâtiment dépend de ce qui le compose. Dans le coût, il ne faut pas prendre en considération que les matériaux de gros oeuvre comme le bois ou les briques mais aussi les matériaux de second oeuvre, les finitions et les équipements. Par exemple, on peut choisir du carrelage à 15 €/m2, ou 80€/m2, ou des interrupteurs à 2€ ou d’autres 20€ et cela à une grande incidence sur le prix d’une maison. Et puis, en plus des matériaux il faut aussi considérer les équipements, comme par exemple le système de chauffage. Si on décide d’avoir une maison avec une faible isolation, on va devoir utiliser un système de chauffage performant, et donc les économies que l’on va faire sur l’isolation seront perdues à cause d’un système de chauffage plus conséquent. Quand on construit une maison, il faut avoir une stratégie globale. On ne peut pas décider d’utiliser tel système de chauffage sans penser au reste, ce n’est pas cohérent. Il faut vraiment considérer l’ensemble.

Quels sont les matériaux d’isolation avec lesquels vous travaillez le plus ?

La ouate de cellulose. A l’heure actuelle, c’est le matériau le moins cher, fourni et posé. La faire poser par une entreprise (on peut aussi la poser soi-même), est moins cher que d’acheter par exemple de la fibre de bois ou de la laine de chanvre, qui sont de très bon isolant, mais qui sont plus chers à l’achat seul. C’est-à-dire que même si on pose soi-même la laine de chanvre, cela sera plus cher que la ouate de cellulose fournie et posée par un artisan. C’est un matériau naturel, puisque c’est de la cellulose (fibre de bois), et en plus recyclé (papier journal déchiqueté). C’est vraiment un très bon matériau de ce point de vue-là, il est naturel et recyclé. Il peut s’insuffler mais existe aussi sous forme de panneau. Pour les ossatures bois, c’est assez approprié car on peut l’insuffler entre montants et cela permet de faire des murs où l’isolation est répartie dans les murs. C’est un matériau qui est à l’heure actuelle très intéressant, mais peut-être que dans quelques années sortira sur le marché quelque chose de mieux ou moins cher.

Un autre très bon matériau est la laine de chanvre, qui peut être mélangée avec de la cellulose, ou de la fibre de lin. L’avantage du chanvre est que c’est une plante qui pousse très facilement, avec peu d’eau et d’engrais, très peu polluante à cultiver, avec un très bon rendement. C’est une fibre très solide dont on se servait déjà pour faire du tissu et les cordages pour la marine, etc. C’est un matériau très performant au niveau isolation, dont les prix baissent continuellement. Il est de plus en plus produit, et donc devient de plus en plus abordable.

La paille est aussi un matériaux très intéressant et très abordable mais reste difficile à mettre en oeuvre et très sensible à l’humidité.

Est-ce qu’il est nécessaire de faire appel à un professionnel pour poser ces matériaux ?

Non, pas forcément. On peut louer une machine pour insuffler la ouate de cellulose soi-même. Par contre il aussi très important de bien soigner l’étanchéité à l’air et les conseils ou la supervision d’un professionnel qualifié peuvent faire une grande différence.

Vous avez des conseils à nous donner pour réduire l’empreinte énergétique d’une maison ?

Pour moi, la très grande priorité, c’est l’isolation de la maison. Plus on aura une maison bien isolée, moins on aura de dépenses énergétiques. C’est la première chose.

La deuxième chose, c’est l’orientation de la maison. Le fait d’orienter une maison au Sud, par rapport à une maison orientée à l’Est ou à l’Ouest (ne parlons même pas du Nord où il y a beaucoup de déperditions énergétiques), et d’avoir un certain nombre de baies vitrées au Sud, on peut alors gagner au moins 20% en terme de consommation d’énergie.

Ce sont là les deux axes vraiment principaux : l’isolation et l’orientation de la maison. L’orientation de la maison ne peut pas toujours être optimisée. Il y a des cas où le terrain ne s’y prête pas, ou les règles d’urbanisme sont très contraignantes, ou une rénovation de maison déjà orientée au nord ou dans une autre mauvaise direction. Par contre pour l’isolation on a beaucoup plus de marge de manœuvre, bien qu’en ville c’est beaucoup plus problématique parce que les bâtiments peuvent être classés et/ou on ne peut pas intervenir sur les façades, donc on est obligé de faire une isolation thermique par l’intérieur, qui est moins performante parce qu’il y a plus de ponts thermiques. Cela reste quand même la priorité, mais à partir du moment où un bâtiment est bien isolé, on va avoir un système de chauffage, quel qu’il soit, qui sera beaucoup plus petit, donc qui coûtera moins cher à l’achat et à l’usage.

L’intégration du Feng Shui avec l’architecture et la bioclimatique semble être complexe… ?

Il y a deux choses à considérer. Premièrement, dans le cas de la bioclimatique, avec une maison orientée au Sud avec de grandes ouvertures, il faut aussi qu’elle ait une forme compacte, carrée ou rectangulaire. Cela s’accorde bien avec le Feng Shui. Une maison de forme carrée ou rectangulaire présente aussi moins de déperditions, par rapport à une maison en L ou en T. Ces configurations ne sont pas bonnes du point de vue de la bioclimatique et du Feng Shui.

En ce qui concerne l’orientation même d’une maison, effectivement on peut la faire varier de plusieurs degrés. Si on regarde les fermes ou les bâtisses anciennes, elles étaient souvent orientées au Sud-ouest. Les anciens connaissaient déjà la bioclimatique. Il y a des choses qu’ils ne pouvaient pas faire, comme de grandes ouvertures, le double vitrage et autres.

Tout cela n’est pas contradictoire avec le Feng Shui, parce que même si la façade principale demeure la façade Sud, on peut avoir une entrée dans n’importe quelle direction, et on peut aussi du point de vue architectural privilégier une autre façade ; je parle de la façade Sud comme façade principale en termes d’ouverture pour capter en fait le maximum d’énergie solaire. On pourrait très bien avoir une entrée au Nord, ce n’est pas incompatible. De mon point de vue, le Feng Shui n’est pas antinomique avec la bioclimatique.

L’incorporation des concepts d’éco-construction doit poser des barrières dans ce que l’on peut concevoir ?

Pour moi la seule barrière est dans l’imagination. Tous les projets d’architecture moderne arrivent de plus en plus à intégrer des élément écologiques ou d’éco-construction. Que cela soit des équipement comme le photovoltaïque, des capteurs thermiques, ou des systèmes de chauffage très performant, ou des matériaux écologiques. Il ne faut pas avoir de préconceptions sur le fait que les matériaux naturels soient incompatibles avec l’architecture moderne. C’est faux. On peut intégrer le bois, la terre crue ou d’autres matériaux plutôt écologiques avec un design contemporain. Pour moi il n’y a aucune incompatibilité. L’incompatibilité est dans notre imagination.

Pour les gens qui désirent faire construire leur maison, mieux vaut une maison un peu plus petite mais bien isolée. Sur le long terme, on y gagnera vraiment.

Votre point de vue sur l’avenir de l’éco-construction, sur le développement des nouveaux matériaux, de nouvelles techniques ?

L’avenir est déjà un peu le présent, il y a déjà une dynamique très forte, on est déjà sur la lancée. Pour moi, l’avenir sera la continuité de ce que l’on a entamé maintenant, même si en France on a un peu de retard, on est dans une dynamique qui va rattraper ce retard

Quels sont les pays les plus en avance dans ce domaine ?

L’Allemagne, les pays scandinaves, parce qu’ils sont soumis à des climats beaucoup plus rudes, et peut-être ont-ils une vision plus à long terme que les Français.

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